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LA GRANDE FAUCHEUSE
"C'est un homme extraordinaire, il ne faut pas qu'il meure".
La mort est souvent perçue comme une injustice, ou comme
une fatalité.
Une force aveugle, inhumaine, qui ne
tiendrait pas compte de qui elle frappe.
Croyant consoler, certains disent :
"C'est
Dieu qui l'a voulu",
"Dieu
l'a rappelé à lui",
"C'est
Lui qui décide".
Et on se pose des questions sur
ce Dieu qui arrache à la vie,
insensible
aux cris et déchirements qu'il sème sur son passage.
La mort n'est pas "la grande faucheuse". Elle est
"la rencontre".
Certains ont peur de cette
rencontre.
Jésus est "descendu aux enfers".
Ce que
veut dire notre foi c'est qu'il est allé à la rencontre des morts,
il ne les a pas abandonnés à leur sort.
S'il a voulu tout partager
de notre vie, jusqu'au tragique de l'injustice et de la mort,
c'est pour nous
en arracher.
On voudrait figer les instants de bonheur, arrêter l'égrènement
du temps.
Mais on ne peut figer la vie. C'est la mort qui fige !
On est pris par le tourbillon de la vie. La mort nous arrache
à ce tourbillon.
il
faut s'en arracher pour découvrir la Vie avec un grand V.
il
faut que les yeux se ferment
à tout ce que la vie nous proposait à
tout instant
pour qu'ils puissent s'ouvrir à ce que la Vie nous offre.
il
faut se détacher de l'illusoire, du fragile, du temporaire
pour découvrir
le Vrai, le Solide, l'Eternel.
Et ça, ce n'est pas du figé
!
On va de joie en joie, de surprise en surprise.
C'est l'émerveillement
perpétuel.
On n'a plus aucune envie d'arrêter le temps :
on brûle
de l'impatience de découvrir ce que l'avenir réserve !
La mort est plus "qu'inévitable" :
elle est nécessaire
pour la poursuite de l'aventure humaine,
comme la naissance à la lumière
après les neuf mois de gestation.
Qu'on aime ça ou pas. il faut
être réaliste !
Notre sérénité face à la maladie des autres
est indispensable
pour les aider à aborder le cap difficile de
l'inconnu, la rupture
ou du moins la transformation radicale des liens.
La mort n'est pas "une fatalité" :
c'est la
porte ouverte sur ce pourquoi nous avons été créés.
Le
moment ultime, décisif qui oriente toute notre destinée,
car c'est dans le face à face
que je vais accueillir ou refuser le rêve
de Dieu pour moi.
On dit que notre sort est réglé à notre mort,
qu'on ne peut plus rien après.
C'est un peu le message de la parabole
du riche et de Lazare ( Luc 16, 19s ).
L'homme étant ce qu'il est,
il faut le tenir éveillé pour qu'il ne s'assoupisse pas,
pour
qu'il donne dès à présent ce qu'il est invité à
donner :
le meilleur de lui-même.
Car ce que nous sommes c'est "pour
les autres",
comme les parties du corps sont ce qu'elles sont "pour
le corps".
C'est Jésus qui introduit dans la maison du Père.
Nous croyons
que tous ceux qui n'ont pas rencontré Jésus,
qui
n'ont donc pu ni le choisir ni le repousser,
le rencontrent au moment de la
mort.
Face à face tant désiré de sa part, attendu, voulu.
Il lui tardait de nous rencontrer, de se révéler,
de nous proposer
la communion qu'Il attendait tant de son côté.
Notre Dieu est Amour, il est le Dieu de l'Alliance.
Il a tant d'amour à donner.
L'image des noces revient sans cesse dans
la Bible,
tout particulièrement dans la bouche de Jésus.
Beaucoup redoutent ce moment de face à face, du jugement.
Il ne faut pas vivre dans la crainte de Dieu.
Pourquoi ne pas partager la joie de Dieu
à nous accueillir, nous ses
enfants
( relire l'accueil fait au fils retrouvé Luc 15, 11-32 )
Il y a quelque chose de faussé dans cette crainte de Dieu.
On jugerait ne pas mériter un accueil triomphal !.
Dieu est beaucoup plus grand que nos péchés.
Il n'est pas le
comptable méticuleux de nos erreurs :
il est le Père qui fait
naître à la vie.
Les parents de la terre sont ce qu'ils sont.
Nous, comme parents, nous connaissons nos limites.
Pourquoi imaginer Dieu moins bon que nous !!!
Si la créature n'égale pas son Créateur,
le créateur
n'est pas inférieur à sa créature !
On voudrait conjurer la mort.
on croise les doigts dans le dos,
souhaitant
de toutes nos forces la faire décamper.
On imagine qu'en pensant très fort à la Vie,
qu'en créant
un "réseau d'énergie", on la fera reculer.
Nous sommes parfois comme les petits enfants qui jouent à cache-cache
et qui,
sentant qu'on va les découvrir,
ferment très fort les
yeux pour qu'on ne les trouve pas !
Le malade lui-même,
par un travail sur son mental,
peut provoquer des
revirements de situation,
et nous pouvons aider le malade à mettre en
ouvre ces énergies vitales.
A quoi sert de prier pour les malades ?
Est-ce la mise en ouvre du réseau d'énergie "New Age"
?
La prière est un devoir de communion, de "présence à".
Par la prière je veille à côté de., j'assume mon
devoir de fraternité.
La prière n'est pas "un flux d'énergie" qui va changer
le cours de l'histoire.
La prière permet au contraire de m'ajuster à l'événement,
de l'accueillir et non plus de le refuser ( cf. Jésus à Gethsémani
Mt 26, 36s ).
Ce n'est pas "accepter une fatalité", c'est
beaucoup plus :
découvrir dans un événement redouté
une occasion de grandir quelque part
car "tout contribue au bien de ceux
qui aiment Dieu".
La prière change mon rapport à l'événement
car
je sais qu'en Dieu
je suis fait pour être victorieux de tout ce qui chercherait
à me détruire.
"C'est quelqu'un d'exceptionnel : il ne doit pas mourir !"
Ne nous fermons pas les yeux !
Il mourra. demain, si ce n'est aujourd'hui.
Mais le feu qu'il a allumé ne doit pas s'éteindre,
et je suis
chargé de l'entretenir.
Jésus n'aurait pas dû mourir,
il faisait lever tant d'espérance.
Il est mort,
mais la vie ne s'est pas arrêtée.
Des hommes, des
femmes ont fait écho au message,
ont poursuivi la tâche, habités
de sa présence.
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