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Suite à des vols, des détérorations, des violences au dispensaire, il y eut deux journées de réflexions avec la population.

N'ayant pu participer qu'une matinée,
après ce que j'ai pu y entendre, j'ai fait parvenir quelques réactions.

Une société "clivée"

Une société très "clivée" où hommes, femmes, garçons, filles, jeunes, vieux, chacun mène un peu sa vie de son côté n'arrange pas les choses.
            Ce système facilite le phénomène de "bande". Bandes de soûlards pour les plus vieux, bandes de délinquants pour les plus jeunes. Un papa qui boit et qui quitte la bande des copains pour vivre davantage en famille, non seulement est sauvé de l'alcool mais trouve la joie d'exister pour les autres, d'accueillir et de donner de la tendresse.
            Une société où les uns et les autres sont beaucoup plus mêlés s'enrichit de ce brassage, a moins de problèmes. Là où homme et femme, garçon et fille, travaillent ensemble il y a moins de problèmes. Une solution pourrait s'offrir dans "les groupes de jeunes" ( mixtes ! ) où chacun s'enrichit de la présence de l'autre à ses côtés.

"Pour le plaisir" ?

Je ne pense pas que "le plaisir" soit la seule motivation qui conduise à l'alcool ou à la drogue ( parfois c'est des trucs à dégueuler ! ).
            C'est souvent pour s'assimiler au groupe. Il y a tout un phénomène d'entraînement : on veut faire comme les copains plus âgés.
            Dans la Province Nord on a vu toute l'évolution apportée par la création de "
groupes de jeunes" ( et non de "bandes" ! )

Responsabilisation

Les garçons ne sont pas éduqués à la responsabilité. Alors que les filles le sont dès leur plus jeune âge. Il y a là un déficit certain d'éducation.
            Pourquoi les garçons n'en font-ils qu'à leur tête ? Ne serait-ce pas dû à un type de société où la femme "se courbe devant l'homme", est au service de l'homme, se tait devant l'homme. Une telle société, aucun homme n'a envie de la voir évoluer ! Il n'y a que les femmes qui pourront mener les combats qui obligeront les hommes à se responsabiliser : elles doivent apprendre à se montrer dures et ce n'est pas évident car c'est un combat épuisant. Elles doivent être soutenues et défendues par la société car, dans ce combat, elles risquent de prendre bien des coups.

Modèle parental

On suit le modèle parental. On se conduit en époux et père comme on a vu le faire son père. Aussi les réactions sont-elles très différentes d'une famille à l'autre.
            Peut-être ne fait-on pas assez attention aussi aux attitudes, conversations... que l'on a à la maison et qui peuvent pousser ou non vers plus de responsabilisation.

Séquelles de la colonisation

Alcool, désouvrement, délinquance. ces fléaux frappent toutes les sociétés déstructurées par la colonisation.
            Cependant, on voit des individus qui réagissent, qui veulent révéler un autre visage, non pour se démarquer de leurs frères mais pour leur révéler à eux aussi de quoi ils sont capables. Comme la médaillée aborigène des derniers J.O. Je pense que
c'est par des individus qui se ressaisiront que la société repartira. Il y en a beaucoup comme ça en Calédonie qui ont redonné autour d'eux le goût d'exister et la fierté d'être ce qu'ils sont sans que ce soit au détriment d'autres. Un époux ou un père qui "se ressaisit" peut réveiller quelque chose de très fort, latent, en d'autres.

Le drame des non-reconnaissances de paternité

Il y a un nombre important d'enfants nés "de père inconnu".
            Qu'on n'oblige pas la fille à épouser le garçon qui l'a mise enceinte, je suis bien d'accord ! Mais on devrait obliger le garçon à assumer sa part de responsabilité concernant l'enfant : il apprendrait à devenir responsable de ce qu'il fait. Se voir imposer par la coutume d'entretenir une maison, de faire un champ. responsabiliserait vite.
            L'autre aspect de la question est qu'une part importante de la
jeunesse est perturbée "à cour" par ces non-reconnaissances paternelles ( crise identitaire, non-goût de vivre.). Et ce "mal-être dans sa peau" se prolonge dans la vie adulte de l'individu.

Le chômage

"Le problème, c'est le chômage". Cette réflexion ne veut pas dire, je pense, qu'alcool, drogue ou délinquance ne seraient pas perçus comme des problèmes mais que l'origine perçue en serait le chômage.
            Effectivement j'ai vu une famille complètement ressusciter quand le papa a enfin trouvé du boulot : il retrouvait sa dignité en pouvant subvenir aux besoins de sa famille. Tout a complètement changé pour chaque membre de la famille.
            Le style de vie traditionnel permet difficilement d'entretenir une famille dans un contexte de société économiquement évoluée : il y a besoin d'un salaire d'appoint.
            Le problème serait peut-être qu'
on attende maintenant que la société nous donne un travail. Les revendications politiques en vue du rééquilibrage n'ont-ils pas eu des effets pervers ? Il suffisait à une époque de s'inscrire sur une liste pour se voir fournir un travail, son tour venu. Parfois c'était l'inscription sur la liste plus que le travail fourni qui procurait le salaire.

Un langage politique déresponsabilisant

Il y a tout un langage politique, encore en cours, qui fait attendre de l'autre qu'il nous procure le nécessaire au nom de "la réparation des injustices". Ce n'est pas un discours très responsabilisant.
           Raisonner en termes de "victimes" n'est pas non plus très responsabilisant. Ce n'est pas en tout cas le discours d'un Jean-Marie Tjibaou.
            "Vous nous avez apporté l'alcool, vous nous imposez la journée de 8 h, ce n'est pas notre culture".

Nous n'imputons pas, nous, l'utilisation d'héroïne ou d'ecstasy en France aux Vénézuéliens ! Le phénomène "drogue" est un révélateur qu'il y a "une faille" quelque part dans la société ou dans l'âme de la jeunesse de France. C'est cette faille qu'il faut repérer et réparer. Se placer en "victimes" des narco-traficants ne conduirait nulle part : ce ne serait pas un discours responsable. C'est la même chose en Calédonie.

Il ne faut pas croire non plus que les journées de 8 heures de boulot fassent partie de notre culture. Ces 8 heures nous sont imposées à nous aussi ! Mais on les accepte dans la mesure où elles sont nécessaires pour obtenir ce que l'on désire. C'est toute la question de l'ajustement des moyens à la réalisation des désirs ( "il faut ce qu'il faut" ).

L'autorité coutumière

On a parlé de l'autorité coutumière et des sanctions. Les autorités n'ont que l'autorité qu'on leur donne. Il faut absolument un soutien entre les autorités coutumières et parentales. Les chefs sans les parents, ou les parents sans le soutien de l'autorité coutumière ne peuvent rien. Toute autorité doit pouvoir sanctionner pour être reconnue comme autorité, il en est ainsi de la nature humaine ! Les parents qui n'ont plus le droit de fesser leur enfant ne peuvent plus exercer leur autorité et, plus profondément, leur devoir. L'autorité "morale" ne suffit pas.

Une justice qui ne sanctionnerait plus les délits perdrait toute crédibilité.

Il y a en Calédonie un réel et profond problème au niveau de la non-reconnaissance du pouvoir de sanction des autorités coutumières. Je ne pense pas que la justice française puisse être donnée en modèle, elle qui relâcherait un criminel dangereux en liberté sous le seul prétexte qu'un document n'a pas été signé à temps par un Procureur.

On se méprend quand on parle des sanctions coutumières.
            Le représentant de la gendarmerie disait qu'il pouvait autoriser une bonne paire de claques pour remettre un jeune "sur le chemin", mais pas les coups.
            Il n'est pas question de "donner une gifle" ! On donne une gifle quand on est en colère. Gifler quelqu'un est l'insulter. Une sanction coutumière est prise après un long débat. Elle vise le bien de l'individu et de la communauté. Elle est donnée selon les règles. Elle joue un rôle de rédemption et de réintégration. Tant qu'on ne te punit pas tu restes enfermé dans tes errements. Et par l'acceptation de la sanction tu es réintégré dans la société, tu fais partie à nouveau du groupe.

Je crois qu'on fait une erreur en imaginant que le système français soit idéal ou le seul pensable. Qu'on ne demande pas aux autorités coutumières d'exercer une autorité qu'on leur a confisquée.

Un mystère...

Les problèmes survenus au dispensaire se retrouvent dans beaucoup de circonscriptions médicales de Nouvelle-Calédonie : il ne s'agit donc pas d'un phénomène propre à la Commune ou qui aurait son origine dans un vécu propre à la Commune.

Pourquoi s'en prendre à un service ou à des personnes qui "prennent soin de vous" ??? J'avoue que ça me pose toujours question ! Est-ce un phénomène lié à la publicité donnée par la Presse à certains actes, et qui "donnerait des idées" ?
            Certains ne trouvent-ils pas un plaisir particulier à voir les réactions occasionnées. Eviter de leur donner ce plaisir mais être ferme et sans état d'âme pour les sanctions.

Responsabiliser les "politiques" locaux

Souvent on entend une certain revendication pour l'indépendance dans la bouche des "fauteurs de trouble".
            Je pense que les seules personnes de référence à même de faire réfléchir et évoluer seraient les leaders indépendantistes. à condition que leur discours ne soit pas celui que l'on entend encore trop souvent dans leur bouche : "vous êtes des victimes", mais

"vous portez en vous l'avenir du pays".

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