Index
Eglise Interventions
Réflexions Caverne
d'Alibaba Le Passeur
Liturgie Pastorale
Chacune de ces réflexions, ou de ces interventions,
à la fois porte la marque de "son époque" et
- marquée par l'Evangile - garde une "part d'éternité"...
Réflexions
préliminaires pour une évangélisation dans le contexte
actuel (1981)
Interrogations
sur les motivations du silence de l'Eglise à propos de l'indépendance
Problème
de la langue
25 décembre 1980
Réflexions préliminaires pour l'Assemblée générale des Prêtres du 10 février 1981
Evangélisation dans le contexte actuel
de la Nouvelle-Calédonie
En préliminaire je crois utile de préciser que je ne suis pas "indépendantiste", en ce sens que je ne suis pas aliéné à une cause et garde toute ma liberté de jugement. On est si facilement classé ! Mais j'estime indispensable et urgente une réflexion sur cette revendication à l'indépendance kanake qui a cours dans le monde mélanésien. Il nous faut réfléchir sur ses racines et ses répercussions, sur le plan des individus et celui de l'Eglise, aujourd'hui et demain.
L'Eglise ne doit pas se dresser, comme un diable hors de sa boite, au moment des condamnations, lorsqu'il n'est plus temps que de jeter des anathèmes. L'Eglise doit être activement présente au moment de la réflexion, quand il s'agit de préparer demain. On ne doit pas revenir aux erreurs du temps passé où l'Eglise ne parlait que pour condamner un monde en évolution qui la déroutait.
Si elle a hérité du Christ de pouvoirs disciplinaires, elle a surtout hérité d'une mission : aider les hommes à voir clair en eux-mêmes. Au nom de sa mission de vérité, il remettait les gens face à leur propre discours, pour les aider à dépasser les slogans et aller au fond des choses.
( Aux accusateurs de la femme adultère, il dit : "Que celui qui n'a jamais péché...". A la Samaritaine, de même, il fait prendre conscience de l'ambiguïté de sa situation à partir de son propre discours )
Ne pas condamner. Ni indiquer une route que nous aurions déterminée d'avance ( "C'est ça qui est bon ! " ). Mais aider à faire progresser la réflexion à partir de là où chacun est, à partir de sa propre analyse, de son propre discours.
Nous devons poursuivre la mission du Christ... mais nous ne sommes pas le Christ ! Il y a en nous le péché et les erreurs et, notre mission de vérité, c'est sur nous qu'il nous faut l'exercer d'abord. C'est sur notre comportement, avant tout, qu'il nous faut voir clair. On ne pourra faire l'économie d'analyser notre comportement passé et notre comportement actuel. Il nous faudra, nous aussi, nous remettre face à notre propre discours.
Au cours de notre réflexion il nous faudra toujours essayer de pénétrer les façons de voir des autres. Ne pas juger de l'extérieur, mais du dedans. Chacun a sa propre logique et ce qui, dans la nôtre, est un désordre, sera au contraire tout-à-fait normal dans une autre logique. Un exemple : critiquer l'Evêque et l'Eglise, pour nous, est un désordre. Mais il faut se dire que certains critiquent et quittent l'Eglise an nom de "leur foi"..., estimant son silence et son attitude incompatibles avec les exigences du Royaume.
Il faut donc pénétrer la logique de l'autre pour admettre ce qui, dans notre logique, est inadmissible. Alors, on pourra espérer se comprendre, se respecter, et éventuellement arriver au dialogue.
Nous devons absolument éviter de nous sécuriser à bon marché en nous disant "Nous avons Abraham pour père". Le monde mélanésien se révolte contre le pouvoir politique, mais il s'interroge aussi de plus en plus sur le rôle qu'a joué l'Eglise dans son aliénation. Il y a actuellement une remise en cause de l'Eglise, qui n'ira qu'en s'amplifiant. Une partie encore des mélanésiens, par fidélité, se refuse à une telle contestation mais, de plus en plus, des questions se posent qui demandent réponses. On n'aura bientôt plus avec nous que ceux qui se refusent à réfléchir, que des partisans inconditionnels se refusant à la vérité de peur de s'autodétruire, ou ceux qui auront assez de maturité et d'esprit critique pour faire la part des choses. Mais, entre les deux...
Nous-mêmes portons en nous ces mêmes peurs, cette même fragilité. Toutes ces remises en question nous agressent et nous "bloquent". Si nous voulons mener une action pastorale positive, il nous faut absolument avoir une réaction saine face à ce que nous assumons douloureusement comme une accusation. Il nous faut regarder en face ce qui nous est reproché. Chercher à voir en quoi l'Eglise a pu contribuer à l'aliénation du peuple mélanésien.
Peut-être y aurait-il certaines erreurs à reconnaître - reconnaissance qui serait libératrice et nous rendrait à nouveau crédibles. Le gros problème pastoral étant que, pour le milieu mélanésien, l'Eglise catholique l'est de moins en moins ! Non seulement elle a eu sa part dans le processus d'aliénation - ce qui pourrait lui être pardonné vu le contexte historique - mais surtout, aujourd'hui, elle refuse de le reconnaître, se donnant des absolutions sans confession, et ne fait rien pour corriger une situation dans laquelle elle a eu sa part de responsabilité.
Peut-être ne sommes-nous pas prêts à reconnaître les erreurs du passé parce que nous les perpétuons en partie ? ... Ce serait remettre en cause notre comportement actuel.
Pour fuir toutes ces remises en questions, nous nous efforçons de croire qu'il ne s'agit que d'une contestation politique au sujet de laquelle, en tant qu'Eglise, nous n'aurions rien à voir.
Il s'agit de bien plus que de cela ! Il suffit, pour s'en persuader, d'être un tant soit peu à l'écoute de ceux qui nous sont confiés. Tous ces cris sont les signes d'une souffrance profonde.
Il y a une revendication de dignité humaine élémentaire : être au moins reconnu comme l'égal d'un autre homme. Il est atroce ce mépris - ou cette condescendance - dont le mélanésien est entouré. Combien de fois en avons-nous été témoins et en avons-nous souffert ! Mais sommes-nous exempts nous-mêmes de toute trace de ce mépris ou de cette condescendance ?
Il y a une revendication de justice : la réparation des torts causés par l'arrivée de la France.
Il y a une revendication d'identité : le mélanésien veut se sentir chez lui dans ce pays, et non comme un étranger, comme une personne tolérée à condition qu'elle respecte les limites qu'on lui impose. On a fait de la Calédonie "la France du Pacifique", et le mélanésien doit vivre en retrait. Il veut pouvoir reconnaître dans ce pays, son pays ... lui redonner son identité, en faire quelque chose dont il soit fier car ce sera "lui".
Le mélanésien veut remettre la main sur sa terre, sur sa destinée, choisir son type de société. Il ne veut plus de cette France qui a des projets pour lui, qui pense son bien pour lui.
Sur ces cris d'homme, l'Eglise n'a-t-elle rien à dire ?
Son silence me fait peur. Elle semble indifférente, ou sourde. Non concernée. Est-elle bien l'Eglise de Jésus-Christ - si attentif aux hommes - ? Nous pourrions revoir toute son action en faveur des exclus pour qu'ils soient reconnus ( les "pécheurs" et les publicains, les samaritains... )
"PHARISIENS HYPOCRITES". Cette accusation semble s'adresser à nous. Nous feignons le respect des compétences en n'intervenant pas dans le débat actuel. Aux "politiques "de se mouiller, nous, nous sommes des "religieux" ! Nous parlons bien. Nous nous appuyons sur l'Ecriture ... mais nous n'entendons pas les gémissements du blessé sur le bord de la route.
L'Eglise est plus attentive à ne pas se mettre à dos certaines personnes qu'à répercuter et faire sien le cris des "pauvres". On calcule trop et on craint trop les répercussions de nos éventuelles paroles... et l'on se tait. A-t-on envisagé les répercussions de notre silence ? Voir ce qu'en tant qu'Eglise de J.C. il est juste de dire et de faire. Le dire et le faire, même si on doit en souffrir.
Notre neutralité, notre silence, nous les voulons positifs, pacificateurs. Nous ne voulons pas, qu'avec les sensibilités exacerbées, une parole de nous ne vienne raviver des débats suffisamment meurtrissant pour le pays.
Cette attitude est-elle une attitude pastorale juste ? N'entretenons-nous pas une "paix artificielle" ? Ne donnons-nous pas la primauté - sur la vérité et la justice - à une unité et à une paix artificielles, qui ne sont que la chape du silence sur des désaccords profonds ? ( cf Mt X, 34-39 )
Nous sommes tellement obsédés par la politique - dans le désir de ne pas en faire - que, bien que nous le niions, nous réagissons en fonction d'elle au lieu de réagir en fonction de l'Evangile.
Si nous sommes sourds au cri des hommes, c'est parce que nous craignons tout ce qui pourrait favoriser l'accession à l'indépendance, voyant, sous-jacente à cette revendication, l'idéologie marxiste. Nous craignons qu'avec l'indépendance s'installe ici l'athéisme marxiste, le socialisme scientifique et autres "rouleaux compresseurs de l'humanité".
Mais ne peut-on craindre tout autant que - l'indépendance se réalisant - il n' y ait une forte réaction contre une Eglise qui se serait montrée insensible au cri des hommes, une Eglise qui se serait montrée indigne du Christ Pasteur ( Jérémie XXIII )
Nous sommes bizarres. Nous nous sentons en consonance avec des Helder Camara, des Romero ... mais nous réagissons comme des Trujillo lorsque nous avons nous-mêmes à nous affronter aux problèmes.
Au fond de nous-mêmes nous pressentons - sans désirer vouloir aller plus profond - qu'il y a quelque chose qui, dans ces cris d'hommes qui retentissent aujourd'hui, ne peut nous laisser indifférents en tant qu'Eglise. Souvent, nous y acquiescerions volontiers à condition que cela ne soit pas proclamé ( Luc XII ). Où sont le feu de l'Evangile, le sel de la terre, la lumière du monde ?
Nous nous voulons respectueux de chacun lorsque nous disons : "C'est bien de relayer le cri de 82 % des mélanésiens, mais les 18 % qui font un autre choix, a-t-on le droit de les rejeter, de dire qu'ils ont tort ? Ils peuvent à juste titre penser qu'ils seront plus heureux rattachés à la France qu'indépendants".
Dans ce cas, ne parlons pas de "neutralité". Notre silence est alors un appui aux 18 % qui sont satisfaits de la situation actuelle. Je ne veux pas dire qu'automatiquement nous ayons tort, mais que ça mériterait une sérieuse réflexion sur les valeurs et les ambiguïtés charriées par tel ou tel type de société.
Epidermiquement nous serions plutôt pour le type de société actuel ( parce que nous n'avons pas à en souffrir ) mais est-elle porteuse de plus de valeur qu'un autre type ? On pourrait très bien qualifier notre société d'individualiste, d'égoïste et de matérialiste..; le "matérialisme" n'étant pas forcément du côté des "indépendantistes" ! Aurions-nous le droit alors, en tant qu'Eglise, de soutenir par notre mutisme un tel type de société ?
On entend souvent dire qu'il est facile aux Protestants de prendre position, car ils sont tous mélanésiens, mais que c'est beaucoup plus difficile pour l'Eglise Catholique en raison de toutes les ethnies qui la composent.
Avons-nous à chercher à plaire ? N'avons-nous pas à intervenir pour aider les gens à s'écouter, à se respecter au lieu de se soupçonner et de s'agresser ?
Je suis gêné aussi de voir l'Eglise porter autant le souci des autres ethnies et de vouloir les "protéger" par le silence dont elle recouvre toutes les revendications à l'indépendance. Nous semblons ne pas faire confiance à ces mélanésiens que nous évangélisons depuis 127 ans. Nous semblons les considérer comme des chrétiens de niveau inférieur, incapables de réagir en chrétiens adultes et de porter le souci des autres. Ça me semble grave comme attitude par tout ce que cela trahit d'inconscient en nous.
Notre "neutralité" ne traduit-elle pas une certaine crainte de l'avenir ? En ce sens, est-elle aussi positive que nous le voudrions ? Une peur pas uniquement pour les autres, mais une peur pour nous-mêmes. Le missionnaire a largement profité de la colonisation qui lui a apporté un milieu sécurisant et facile.
Par le fait de l'indépendance, comme tous les blancs du Territoire, il n'aura plus le même "statut". Ce ne sera plus "comme avant", il se sentira moins "chez lui". Il s'agit de tout une conversion psychologique à faire. D'une Eglise Régente à une Eglise servante. Un pas difficile, qu'on ne fait souvent que l'épée dans les reins... Alors, on laisse faire les évènements : inutile de brusquer le "dépaysement".
Nous nous taisons aujourd'hui, mais ne trouverons-nous pas tout naturel, demain, de parler, de mettre en garde contre ceci ou cela "au nom de notre mission pastorale"... L'Eglise sera-t-elle crédible alors ? Ne saura-t-elle parler pour défendre la personne humaine que quand cette personne est blanche ou, tout du moins, fait partie de ses solidarités inconscientes ?
Dans la situation politique actuelle, il faudrait que notre Eglise - hiérarchiquement blanche - soit terriblement évangélique et pure de toute compromission avec le pouvoir colonial pour attirer des vocations mélanésiennes.
Que leur proposons-nous ? des congrégations européennes, avec des solidarités profondes qui ne sont pas les leurs. Entrer dans les congrégations masculines actuellement proposées, c'est quitter son monde, s'européaniser, ne plus être considéré tout à fait comme un fils du pays... quand ce n'est pas maintenant, comme un traître !
Ne peut-on rien proposer de nouveau ? Un style de vie où le mélanésien puisse rester mélanésien. Un style de vie évangélique qui soit parlant aux âmes mélanésiennes. Un style de ministère, un réseau de relations qui les plongeraient dans leur peuple, et par lesquels ils pourraient travailler à l'édification de ce peuple.
Notre silence ne fait-il pas d'un côté s'édifier de faux espoirs, et de l'autre, pénétrer peu à peu les coeurs d'amertume. Une amertume qui ouvre la porte à l'agressivité et étouffe le jugement.
Il est facile d'aider quelqu'un qui nous supplie, qui nous valorise. Il est plus difficile, plus ingrat, d'aider quelqu'un qui vous critique, qui - éventuellement - vous méprise, vous accuse de mille maux, vous fait des procès d'intentions.
On voudrait bien faire quelque chose, à condition d'espérer un minimum de reconnaissance. Or, le Christ nous demande de ne même pas compter sur ça, d'aimer même notre ennemi. C'est là qu'on se rend compte de toute l'exigence de l'Evangile que nous prêchons !
Nous sommes déconsidérés. Notre discours ne fait plus le poids. Que nos seules armes soient la vérité, l'amour, la justice. Ne cherchons pas à convaincre de notre bonne foi. Ne cherchons pas notre force dans une attitude inébranlable, acceptons d'être vulnérables. Redécouvrons les voies de l'humilité et du renoncement à nous-mêmes.
Fin 1980
Lettre aux prêtres, religieux et religieuses
Interrogations
sur les motivations et la valeur du silence de l'Eglise
concernant les revendications à l'indépendance.
Quelles sont les vraies raisons de notre silence ?
Notre silence est-il un silence respectueux des compétences de chacun ( "à chacun son domaine" ) - c'est le prétexte invoqué - ou un silence motivé par la peur ?
On a beaucoup critiqué l'Eglise protestante pour sa prise de position qu'on a tout de suite taxée de "politique " ( Quand tu veux tuer ton chien, tu dis qu'il a la rage ! ). Faisait-elle de la politique ou, de façon maladroite peut-être, se faisait-elle le défenseur des droits des petits ?
A nos yeux, l'Eglise protestante est une Eglise mélanésienne, et toute prise de position en faveur des mélanésiens est une prise de position partisane, politique. Il faudrait nous interroger là-dessus.
Notre silence à nous n'est-il pas plus politique que leur prise de position ?
L'Eglise catholique est reine dans l'art de la diplomatie : n'y perd-elle pas en "évangélisme" ? Aux Etats-Unis, contrairement aux protestants, elle n'a jamais voulu prendre position par rapport à l'esclavage ... afin d'éviter des déchirements en son sein. L'Eglise Protestante, elle, est sortie profondément meurtrie du débat.
Nous pourrions nous demander ce qui est le plus important :
l'unité ou la vérité ?
l'ordre ou la justice ?
"Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix au monde : je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée. Je suis venu opposer l'homme à son père, la fille à sa mère (...). Celui qui voudra garder sa vie la perdra; mais celui qui perdra sa vie pour moi la retrouvera" Mt X, 34-39
Notre silence est-il neutralité ou réticence ?
Pour juger de cela, il faudrait nous interroger sur nos solidarités. Notre Eglise est hiérarchiquement "blanche" : n'a-t-elle pas des réactions souterraines, profondes, inconscientes de blancs ? N'est-ce pas cela qui bloque toute prise de position sur ce qu'il peut y avoie de légitime dans les aspirations du monde mélanésien... quand elles portent un tort à nos solidarités inconscientes ?
Nous pouvons nous interroger sur les "messes officielles" que nous assumons sans broncher. Comment réagirions-nous à une demande officielle de messe, par le Front Indépendantiste, pour le repos de l'âme d'Ataï ?
A l'occasion du 24 septembre, lorsque nous sont proposées la fête pluri-ethnique de la FNSC et la journée de deuil du Front indépendantiste, de quel côté, inconsciemment va notre solidarité.
Dans ces conditions, notre silence est-il neutre ou n'est-il pas une prise de position ?
Reconnaissance des fautes et réparation des torts
En Eglise, nous parlons beaucoup de la reconnaissance des fautes et de la nécessaire réparation des torts ( on pourrait méditer Mt 23, 13-28 à ce sujet ). Pratiquons-nous ce que nous prêchons ?
L'Eglise reste neutre face à la revendication à l'indépendance. N'a-t-elle pas sa part de responsabilité dans la situation actuelle ? N'a-t-elle pas contribué à l'aliénation du peuple mélanésien, de façon active par certains côtés, et de façon inconsciente par d'autres ? La religion n'a-t-elle pas été un facteur qui a aidé le mélanésien à "se soumettre" ?
Pourtant la pensée de Rome est très nette : aucun missionnaire digne de ce nom n'a le droit de favoriser le rayonnement culturel de sa patrie d'origine ; il a renoncé à celle-ci d'une façon complète lorsqu'il a accepté d'être envoyé par l'Eglise, et uniquement par elle, dans un pays de mission. Désormais c'est ce pays qu'il doit considérer comme sa patrie et qu'il doit servir de toutes ses forces.
Il y a des cordons ombilicaux qui résistent...
N'y aurait-il pas des torts causés dans le passé à réparer aujourd'hui ? Comment ?
On parle du passé, mais l'Eglise aujourd'hui, par son silence...
ne contribue-t-elle pas à porter tort à l'édification du peuple mélanésien ?
Nous pensons : "le monde mélanésien lui-même est divisé sur cette question de l'indépendance. Comment voulez-vous que nous prenions position ?
Nous pourrions nous demander si ce n'est pas notre silence justement qui, en partie, divise le monde mélanésien. Sentant la réticence de leur mère l'Eglise, et reconnaissants pour les bienfaits de la religion qu'elle leur a apporté, une partie des mélanésien hésite à s'engager dans la revendication de l'indépendance.
Notre silence n'est-il pas un coup supplémentaire que nous portons à l'édification de ce peuple ?
Notre silence est-il honnête, respectueux, courageux ou "machiavélique", coupable, hypocrite ?
(...)
décembre 1981
Réflexion préparatoire à l'Assemblée générale des prêtres
Le problème de "la langue"
(...)
Le français est une langue commode, un trait d'union... mais les gens pensent dans leur langue, et ne parlent entre eux que dans leur langue. Le français est une langue étrangère, d'occasion, ... mal "possédée". C'est pour cela que le ministère est si difficile. Nous ne nous en rendons pas toujours compte dans la mesure où nous jugeons notre discours sur "l'effet qu'il nous fait", et non sur sa résonance réelle dans la vie de nos paroissiens.
Le français est la langue de la relation avec l'extérieur. Il recouvre le champ des besoins vitaux, des relations nécessaires avec les européens. Mais, pour tout ce qui concerne l'intimité, le coeur, le sentiment, le contact en profondeur..; la langue est le seul moyen d'expression.
Que le français soit mal compris; que, dans notre ministère de porte-parole de J.C., nous soyons mal compris ... les exemples ne manquent pas qui devraient nous interroger.
Que valent tous nos sermons, toutes nos catéchèses ? Ils nous font du bien, mais que font-ils à nos gens ?
Quelle est cette religion qui ne peut se transmettre que par le biais de concepts étrangers ? Car il n'y a pas que la langue qui soit étrangère ... nos concepts mêmes le sont parce que - étrangers à la langue - nous n'avons pu pénétrer les façons de penser des gens, leur symbolique, leurs raisonnements.
Notre langue liturgique est incompréhensible pour les français éduqués que nous sommes. Comment pourrait-elle introduire les gens qui "assistent" à nos messes dans une relation "vitale" avec le Dieu qui veut atteindre l'intime de chacun ?
On proclame en Eglise une Parole incompréhensible que l'on ose ponctuer d'un "Parole du Seigneur tout-puissant !", comme si Dieu ne cherchait pas à rejoindre ses enfants autrement qu'à travers un langage ésotérique. (...)
La révélation de J.C. dans la langue permettrait de mieux faire réaliser la présence de Dieu à son peuple "depuis toujours" : il n'a pas débarqué avec la France ! Nous ne sommes pas venus "apporter" un Dieu qui aurait été absent, mais nous sommes venus révéler Celui qui était alors - secrètement - présent à son peuple.
(...)
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