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à l'acquittement des meurtriers des indépendantistes de
Hienghène
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à la déclaration de F. Mitterand parlant de guerre civile
inexpiable
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au directeur du Journal Bleu
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à lire : note des supérieurs religieux concernant la presse
locale
A
propos de la "Grande Marche"
L'Eglise
"institution"
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Réflexions
à partir de l'acquittement des meurtriers
des dix indépendantistes de Hienghène
A- Réflexions générales sur le rôle de la Justice
Les hommes ont souvent une vision très étroite de la justice.
Ils en attendent avant tout la sanction des actes répréhensibles. Ils ne sont satisfaits que lorsque "le méchant a été puni".
Dieu, lui, ne vise et ne se réjouit que de la conversion du pécheur.
Lorsqu'il sanctionne, ce n'est pas pour punir mais pour éduquer, pour permettre une croissance.
Les hommes voient la justice en fonction d'eux-mêmes : elle doit les protéger.
Pour eux, le malfaiteur est quantité négligeable.
Dieu voit avant tout le méchant et - par sa justice - veut le rendre juste.
Les hommes visent la sanction d'actes passés, parfois anciens.
Dieu n'a qu'un objectif : ouvrir les portes de l'avenir. Pour cela il ne cesse d'accorder de nouvelles chances au coeur disposé - c'est-à-dire rempli de repentance et désireux de travailler à la réparation du tort commis -.
Aucune condamnation n'a jamais redonné vie à un disparu.
La justice des hommes a parfois détruit des vies en ne tenant pas suffisamment compte de l'évolution de la personnalité humaine entre le moment du délit et celui du jugement.
On attend souvent de la Justice "qu'elle nous venge". Est-ce son rôle ?
Son rôle ne serait-il pas de permettre des rapports "d'avenir" entre les personnes ?
La pénalisation doit avoir un rôle pédagogique :
Il ne devrait y avoir aucune raison de garder en prison quelqu'un qui aurait pris conscience de la gravité de son acte, pour qui celui-ci serait devenu odieux, et qui accepterait de s'engager dans un processus de réparation des torts commis.
La nécessité - généralement admise - de devoir "payer son dû à la société" ne veut rien dire : en prison, on n'apporte rien à la société.
B.- Si la libération est une chose, l'acquittement en est une autre !
Si l'on se réfère au dictionnaire, la Cour d'assises de Nouméa a déclaré, à travers le verdict d'acquittement :
Une conscience chrétienne ne peut pas ne pas réagir à un tel jugement !
Si on pourrait - avec les meurtriers - se réjouir de leur libération, on ne peut que déclarer ignominieux le jugement rendu.
La Cour d'assises, en refusant d'imputer aux meurtriers la moindre responsabilité dans la monstruosité des actes commis :
Plus grave encore : ce procès n'est qu'un élément de l'exercice de la justice dans le Territoire, et un élément typique.
Au vu des sentences rendues et des refus d'engager des poursuites, on est obligé de reconnaître que dans les conflits qui les opposent, l'indépendantiste a à priori tort, même s'il est la victime, et le loyaliste raison, même s'il est l'auteur du délit.
Une justice entachée d'iniquité ne peut, par là même, que générer la violence.
Il est nécessaire d'en prendre conscience si l'on veut que la Justice retourne à son rôle : participer à l'harmonie entre les populations.
L'instruction du procès, enfin, fait le procès de la justice.
Il peut arriver à la justice de se tromper, mais c'est une parodie de justice que de refuser de faire la lumière sur toute l'affaire, ses tenants et ses aboutissants.
Des inculpés peuvent parfois devenir des "hommes-symboles".
On peut acquitter ou condamner quelqu'un, non en fonction de ses actes, mais en fonction de ce qu'il représente pour nous. Les jurés alors "ne rendent pas la justice", ils "se font justice".
C.- Réflexions sur quelques commentaires
"Les vrais coupables de ce drame affreux sont les hommes politiques qui étaient au pouvoir à l'époque"...
Les vrais coupables des meurtres des gendarmes de Tiaoué seraient-ils donc alors les hommes au pouvoir aujourd'hui ?
Dans les temps de violence ouverte il faut veiller à ne pas déresponsabiliser totalement les individus : c'est tout le contraire qu'il faut viser si on veut avoir des chances de stopper la spirale infernale de la violence irresponsable.
"Les socialistes avaient désarmé les gendarmes"...
Ce n'est pas avec des fusils qu'on obtient la paix, mais avec la Justice.
Le quadrillage du pays par des corps d'intervention d'élite n'a pas empêché le drame de Tiaoué. Il faut voir ailleurs : remonter à l'origine même des tensions.
Il y a une grande hypocrisie - et une grande folie - à prétendre que "des décisions de justice ne sont pas à discuter".
"Tu ne te feras pas d'autre dieu que moi, dit le Seigneur" : la justice des hommes doit être appréciée à la lumière de la Justice de Dieu.
D.- Le vocabulaire, révélateur d'une mentalité
Un mot peut en cacher un autre...
Pour Hienghène, il a toujours été question de "la fusillade".
Pour Tiaoué, du "meurtre des deux gendarmes".
Dans le premier cas, les victimes sont superbement ignorées ( un détail ! )... Pas de victimes, pas d'assassins... Des coups de fusils qui sont partis...
Dans le deuxième cas, il s'agit "d'un meurtre", et avec des victimes qui sont des personnes : "deux gendarmes".
Deux poids, deux mesures qui trahissent - au niveau des médias et sans doute beaucoup plus loin, au niveau du public qu'ils reflètent et qu'ils modèlent - tout un champ inconscient qu'il serait bon d'explorer.
"Ignominieux" : digne d'être rejeté et méprisé, portant atteinte à la réputation de la justice. [retour au texte]
"iniquité" : injustice criante qui va contre la Justice naturelle, reconnaissant à chacun des droits égaux. [retour au texte]
24 novembre 1987
Réflexions
à la suite des déclarations
de François Mitterand
à R.T.L.
Certains ont pu se réjouir quand, à R.T.L., le mardi 17.11.87, le Président Mitterand estima que "la Calédonie devait rester dans l'ensemble français pour éviter "une guerre civile inexpiable"...
Après le référendum, le vote à l'ONU où on a vu un recul dans le nombre de pays à soutenir les thèses indépendantistes, et la perte du soutien présidentiel... la question semblerait "enfin classée".
Même ceux qui soutenaient le droit à l'autodétermination des mélanésiens - tout en imaginant difficilement une indépendance viable - ont dû pousser un soupir de soulagement : la déclaration du Président les délivrait d'un dilemme pesant.
Peut-on - avec le R.P.C.R. - se réjouir ?
En déclarant qu'il craignait une guerre civile inexpiable, Mr Mitterand, en homme politique responsable qui ne veut pas d'un bain de sang, ne fait qu'admettre que la mentalité dominante, et le rapport des forces, rendent impossible l'accession de la Calédonie à l'indépendance d'une façon unilatérale sans risque d'affrontement violent.
C'est le constat d'une situation bloquée... qui n'enlève rien au droit à l'autodétermination du peuple colonisé ! Il est simplement constaté que ce droit ne pourrait s'exercer sans risque sérieux, du fait de la domination coloniale.
Cette constatation est affligeante. ON NE PEUT - avec le R.P.C.R. - SE REJOUIR !
Quand le droit reste mais qu'on constate qu'il ne peut s'exercer, ça ne peut que laisser prévoir désespoir, et peut-être violence.
Mais ce ne devrait pas être - d'abord - la crainte de la violence ( c'est-à-dire du "désordre" ) qui devrait nous garder attentifs : c'est le désespoir. Le désespoir est plus grave que la mort : il atteint l'homme dans toutes ses potentialités.
A la suite de la déclaration du Président de la République nous devons nous faire très attentifs, et particulièrement fraternels : nous ne devons pas laisser le désespoir s'installer.
"Être fraternel" ne consistant pas simplement à "compatir", mais à s'engager pour que puisse renaître l'espérance.
L'Eglise - comme force morale - doit relayer les forces politiques défaillantes dans la défense du bon droit.
J'essaie de me mettre à la place des indépendantistes...
"Pourquoi tu ne laisses pas tomber, me dit-on, ça devient de l'acharnement thérapeutique !"
Pourquoi ne pas laisser tomber ?
Parce que, à leur place...
... je ne pourrais accepter le referendum tel qu'il a été organisé, en violation de l'esprit de la Charte des N.U.. Ce serait non seulement totalement inacceptable, mais la source d'une révolte profonde car il n'y a rien de plus révoltant que l'hypocrisie et le détournement des principes démocratiques.
... je ne saurais accepter "la main tendue" de Jacques Chirac au lendemain du referendum. Elle est par elle-même une insulte ! Elle est une insulte après le dévoiement du referendum qui devait être celui de l'autodétermination des populations colonisées. Elle est une insulte supplémentaire - si besoin était - après les magouilles dont a été entourée la constitution des listes électorales. Elle est une insulte, enfin, après toutes les atteintes au droit d'expression des indépendantistes dans la période pré-referendaire.
Si on doit pardonner les insultes, l'hypocrisie... "le devoir du chrétien est de mettre fin au mal, à l'injustice, à l'oppression et au péché, et non de s'en accommoder".
... je ne saurais accepter ce déploiement de forces militaires dans mon pays parce que, sous couvert d'aide au développement, de service aux collectivités et de fraternisation, elles participent d'un projet politique inacceptable : le maintien de la situation coloniale
... je ne saurais accepter une main tendue qui serait négation de mes droits légitimes.
... je ne pourrais accepter de vivre dans un pays où la Justice n'est pas juste, où la justice ne défend pas mon droit, mais contribue à m'opprimer.
... je ne pourrais accepter de vivre dans un pays où l'air délétère exhalé par les médias dominants asphyxie les consciences. On ne prend pas la main tendue qui s'appuie sur de tels moyens d'expression. On ne pactise pas avec la mauvaise foi, l'hypocrisie et la désinformation : on ne peut que se battre pour les faire disparaître.
On ne peut s'intégrer à une société qui vous a traité et qui vous traite comme elle le fait. La vie n'aurait plus de sens.
"Et les kanaks loyalistes alors ?"
"Tu ne saurais... tu ne pourrais... mais comment se fait-il que des mélanésiens se sentent à l'aise dans le clan loyaliste et pensent que l'avenir du pays est dans son maintien dans l'ensemble français ?"
- C'est leur droit, et ils peuvent même avoir raison... mais un droit ne doit pas s'appuyer sur des pouvoirs contestables pour s'imposer : il y perdrait toute légitimité.
Ce n'est que dans l'acceptation des lois de la démocratie que se trouve l'avenir du Territoire. Mais, démocratie, que ne fait-on en ton nom ! Il y a les "démocraties populaires"... il y a eu le dernier referendum...
Dans un héritage colonial, le contentieux existant entre la puissance colonisatrice et la population colonisée a souvent besoin d'un arbitrage. Tant qu'on refuse un tel arbitrage ou qu'on refuse de prendre en considération ses suggestions, il n'y a pas vraiment d'avenir durable possible. On construit sur du sable ... ou au pied d'un volcan.
Il y a dans le clan loyaliste de grandes richesses humaines. Leur honneur serait de refuser ce qui est entaché d'injustice, et de peser de leur poids pour que l'avenir de la Calédonie soit défini selon les règles démocratiques définies par l'ONU.
Vols, déprédations, meurtres...
Vols, déprédations et meurtres heurtent nos consciences. Nous sommes des personnes "d'ordre".
Ils sont souvent injustice faite à des personnes innocentes, et nous ne pouvons l'admettre.
Ce qu'il nous faut cependant arriver à comprendre, c'est que cet ordre dont nous faisons les défenseurs est devenu insupportable à beaucoup, et pas uniquement des jeunes !
Et il n'est pas défendable car il n'est - en fait - qu'un désordre légalisé, légitimé par une France qui y trouve intérêt. On entend parfois accuser le FNLKS, ou des pays voisins, de vouloir "dé-stabiliser" le Territoire. Celui-ci est en fait en déséquilibre institutionnalisé, et stabilisé artificiellement par la pression qu'exerce la France.
Un certain nombre de méfaits ne sont que fripouillerie.
D'autres sont des réactions contre cet "ordre" devenu insupportable et que, par là, on défie. Mais ils rendent la vie quotidienne parfois insupportable et doivent cesser. Le tout est de trouver le "bon moyen" pour les faire cesser. Etant clair que, par "bon moyen", il faut entendre "le moyen le plus juste". Et le plus juste sera le plus efficace, le plus "radical", car il traitera le mal dans sa racine.
On ne comprend pas que le FNLKS puisse "couvrir" certains méfaits.
Même si celui-ci les réprouve et les regrette, il lui arrive de "protéger" leurs auteurs : des fois, parce qu'il comprend "de l'intérieur" ce poids de souffrance qui les mène à défier "l'ordre" ; d'autres fois, dans les cas de pure fripouillerie..; parce que "les ennemis de nos ennemis sont nos amis"... et il suffit que "Justice" et "forces de l'ordre" s'attaquent à quelqu'un pour qu'il devienne de ce fait un ami !
Si la Justice était juste, les médias objectifs, l'Eglise maternelle...
Si la Justice était juste, si les médias étaient objectifs, si l'Eglise était maternelle, alors la lutte politique - selon les principes démocratiques - pourrait continuer et, avec elle l'espoir. Sinon, autant se laisser mourir. Ou alors, la révolte.
Seuls, un véritable referendum d'autodétermination dans l'esprit de la Charte des N.U., une Justice soutenant l'homme dans ses droits, des médias au service de l'information et de la connaissance mutuelle, et une Eglise qui remplisse pleinement sa tâche d'accompagnement pastoral pourraient donner toutes ses chances au pays.
... mais déjà, si l'une ou l'autre de ces conditions se trouvait satisfaite, l'espoir pourrait renaître.
"EGLISE EN NOUVELLE CALEDONIE", par son boycott de toute réflexion sur la situation politique, porte sa part de responsabilité dans le désarroi d'une partie de la population.
J'ai été stupéfait de voir à quel point les jugements des religieux(ses), comme celui de bon nombre de laïcs, étaient conditionnés par RFO et LES NOUVELLES, leurs seules sources "d'information". Et le fait qu'ENC ne dise rien les enferme dans leur jugement "préfabriqué" sur la situation.
J'ai été stupéfait aussi de voir l'évolution des mentalités dès que ces mêmes personnes étaient en contact avec d'autres sources d'information, d'autres analyses, d'autres réflexions. Une nouvelle naissance ! Par la possibilité, neuve pour elles, qui leur était donnée d'exercer leur jugement, elles accédaient à une nouvelle dimension humaine. Des fenêtres s'ouvraient dans le champ clos de leur existence, des portes aussi, pour l'action.
E.N.C. doit aider à la formation du jugement. Sinon il serait gravement coupable vis-à-vis des habitants du Territoire. Il devra en rendre compte un jour ou l'autre. Le directeur de publication ne doit pas se cacher derrière l'évêque, et l'évêque derrière le directeur de publication.
Le refus d'E.N.C. de publier des réflexions fait que ces réflexions passent par d'autres organes et, au lieu d'être un moyen d'expression de l'Eglise, deviennent des arguments contre elle.
En tant que prêtre : "calmer le jeu"...?
Mr Pons a rappelé aux autorités religieuses qu'elles devaient contribuer à la paix, à l'entente entre les populations...
Tous, nous rêvons de paix.
Prenons garde de ne pas confondre
le silence des cimetières
avec la Paix, fille de Justice.
Inexpiable : que rien ne peut faire cesser
[retour au texte]
Dilemme : choix à faire entre deux propositions contraires ou contradictoires
[retour au texte]
Potentialités : toutes les possibilités qui existent et sont appelées à se développer en l'homme
[retour au texte]
Compatir : plaindre, s'apitoyer
[retour au texte]
Dévoiement : détournement du droit chemin, de la morale
[retour au texte]
Magouilles : manouvres douteuses ou malhonnêtes
[retour au texte]
Délétère : qui met la santé, la vie en danger. Nocif, nuisible, toxique
[retour au texte]
Contentieux : ensemble des affaires litigieuses à régler
[retour au texte]
Déprédations : vols, pillages accompagnés de dégâts
[retour au texte]
3 janvier 1988
à Mr Georges RAVAT
Monsieur
Vous me demandez...
"une réflexion sur la situation en Nouvelle-Calédonie
et surtout la position de l'Eglise,
ce qu'elle fait, ce qu'elle ne fait pas,
et enfin ce qu'elle devrait faire selon moi".
Vous ne faîtes pas dans la dentelle ! C'est comme si vous me demandiez de me suicider, de me promener nu sur la Place des Cocotiers ou de poser une bombe à l'Archevêché !
La situation en N.C. ?
Une imposture sur base de détournement des principes démocratiques. Et il faut qu'hypocrisie et mensonge soient devenus "une seconde nature", ou que les jugements soient fourvoyés par des médias uniformes pour ne pas en être révolté.
Un pouvoir qui ne tient que par la pression judiciaire, l'argent, et un service de la propagande digne des grands moments de Vichy.
Une Eglise qui, comme à cette époque, donne l'impression de faire le choix de la légalité de préférence à d'autres choix plus en rapport direct avec l'Evangile ( le respect formel du droit n'a parfois rien à voir avec la Justice ! ).
Une puissance de tutelle très attentive au critère "ordre public". ... L'ordre règne à Varsovie... L'ordre est souvent suggéré comme étant une valeur en soi ( le désordre étant "péché" ). Mais l'ordre n'a de valeur que dans la mesure où il est cette harmonie selon Dieu, fruit de la présence de l'Esprit en chacun des coeurs. L'ordre qui règne dans les cimetières ou les Etats totalitaires - où l'homme n'a pas le droit de s'exprimer comme personne - non seulement n'a aucun rapport avec l'harmonie selon Dieu, mais doit être dénoncé comme contrefaçon, et combattu comme obstacle au projet de Dieu.
La position de l'Eglise ?
Je n'ai pas de parole autorisée à ce sujet. Ce que je vois c'est que l'Eglise, officiellement, se garde de toute parole publique à ce sujet; les pasteurs, dans leur paroisse, collant au plus près à ce que vivent leurs paroissiens.
L'Eglise, de temps en temps, parle de réconciliation, de respect, de pardon... mais en des termes si généraux, si peu "situés", que son discours est souvent pris comme une semonce au pauvre comme contestataire de l'ordre officiel.
L'Eglise devrait savoir dire clairement ce qui n'est pas juste, ce qui est mal, ce qui est intolérable quand la mentalité ambiante, façonnée par les médias, le juge juste et normal. ... Et Dieu sait s'il y aurait eu à intervenir au cours de la période référendaire !
Quoi que discréditée aux yeux de certains, elle reste malgré tout perçue comme une force morale. Lorsqu'elle se tait devant les injustices, elle semble donner son aval. Son silence est alors doublement coupable. Si elle s'efforçait d'être fidèle à sa vocation d'éclairer les consciences, elle y perdrait peut-être en "sécurité", mais y gagnerait en crédibilité.
Mais la vocation de l'Eglise n'est pas "principalement" de dénoncer le mal. Elle doit accompagner les hommes sur un chemin de croissance et d'épanouissement. Elle doit savoir pour cela parler publiquement pour encourager, soutenir et défendre tout ce qui serait publiquement dénigré alors qu'elle y discernerait des aspects encourageants d'un monde en croissance.
Comme Mère, elle doit savoir oser se montrer très proche de ceux qui subissent les coups de l'injustice, l'arbitraire du pouvoir, et prendre leur défense.
Je pense qu'il n'y aura jamais de réconciliation possible tant que ne sera pas réalisé un authentique referendum d'autodétermination des populations colonisées sous la surveillance des N.U.. C'est un point de justice, un point de droit, un point essentiel. Tout ce qu'on peut faire en dehors n'est que poudre aux yeux ou magouille, construction sur le sable ou au pied du volcan. Et tant que l'Eglise locale restera muette sur ce point, elle contraindra au silence l'Eglise de France.
L'Eglise pourrait être complice d'une imposture spirituelle si elle n'intervenait pas pour rétablir la vérité sur ce qu'attend Dieu, alors que nos hommes politiques utilisent le vocabulaire religieux comme autant de pièges où retenir leur proie.
Quand la Bible nous appelle à la réconciliation, c'est un appel à une "opération-vérité", à dissiper les malentendus, à reconnaître nos torts, à accueillir celui qui fait amende honorable. Ce n'est pas un appel à accepter le mal et l'injustice !
L'unité ne doit jamais se faire autour d'un projet négateur du droit, de la justice, de la personne humaine.
Pardon, respect, amour ne doivent jamais conduire à enfermer le petit dans une situation aliénante : ils doivent amener le puissant à reconnaître dans son vis-à-vis un frère à promouvoir.
Trop souvent l'Eglise a contribué à l'aliénation des petits en se mettant du côté du pouvoir, et en inculquant avant tout le respect et l'obéissance à l'autorité.
Cela ne doit plus être aujourd'hui. (...)
4 octobre 1986
APPRENDRE A LIRE !
Note des Supérieurs religieux de N.C. aux Frères et Soeurs de leurs communautés
Vous lisez les journaux et vous avez constaté depuis quelques temps combien Mgr Calvet, notre Archevêque, est l'objet d'articles tendant à le discréditer. (...)
Consciemment ou inconsciemment, les journalistes ne présentent pas toujours les faits de manière entièrement objective. En ont-ils les moyens ? Peut-être aussi est-on en droit de se demander s'ils en ont toujours l'intention. On constate parfois la présentation de nouvelles partielles, ou assorties de commentaires plus ou moins tendancieux, quand ce n'est pas des "on dit" affirmés comme réalité, ou même des erreurs, pour ne pas dire des mensonges.
Pour ne citer que deux exemples :
La lecture des journaux nécessite un esprit critique qui nous garde d'accueillir naïvement comme vérité tout ce qui est écrit. Il est nécessaire de s'interroger, de chercher à s'informer autrement lorsque cela est possible. (...)
6 août 1987
A PROPOS DE LA "GRANDE MARCHE"
Lettre à un confrère
(...)
Pour ne rien te cacher, ayant tout pesé et soupesé, j'ai décidé d'accompagner "la Grande Marche". Je ne peux pas dire que ça m'enchante ! ... mais ça me semble un devoir. Au nom de cette pastorale d'accompagnement que je prône.
J'ai écrit au Bureau politique du FLNKS, suite à son invitation et à sa demande de solidarité ( que tu as dû recevoir aussi ) : "L'Eglise catholique s'est toujours refusée à une prise de position politique par rapport à l'indépendance. Ce n'est pas sa mission. Dans la même ligne, ma participation à la marche ne devrait pas être vue comme le soutien d'un choix politique, mais comme le soutien à l'esprit de la démarche. Soutien aussi à un groupe humain victime actuellement d'une désinformation, d'un étouffement orchestrés, et d'une justice par trop partisane, alors qu'il cherche à affirmer pacifiquement son existence contestée".
Le choix de la "non-violence active" qui a été fait n'est pas un choix facile et je crois de mon devoir de pasteur, non seulement de condamner la violence et de prêcher l'amour, mais encore d'accompagner sur le chemin difficile de l'affirmation de soi à travers le choix de la non-violence, en cette terre d'antagonismes de N.C.
J'avoue qu'il a fallu la déclaration du Président du Front National de N.C. pour "me faire basculer". Son parti a décidé d'arrêter la marche, considérée comme "une vraie provocation" (l'affirmation de soi étant évidemment une provocation pour le F.N. ! ). Face à une telle prise de position, je ne puis rester "neutre"... ou prier pour la paix devant la télé. Je dois être physiquement présent aux côtés de ceux qui prennent des risques dans l'esprit de l'Evangile. Il est facile, d'une sacristie, de prêcher le dialogue et la compréhension. Je crois que, pour pouvoir parler, il faut avoir vécu personnellement des situations de blocage... l'avoir porté "dans sa chair".
Je pense au Cardinal Veuillot qui, au seuil de la mort, après des souffrances terribles, recommandait à ses prêtres de ne pas faire de pieuses considérations sur ce qu'ils n'auraient pas expérimenté.
J'y vais donc ... la mort dans l'âme ... mais je ne vois pas comment ne pas y aller. Pour moi, c'est un devoir, et je ne vois pas comment je pourrais parler encore si j'échappais à ce devoir.
19 octobre 1987
L'EGLISE "INSTITUTION"
Lettre à onze confrères
(...) Malgré nos interventions, "l'Eglise" n'a pas su et n'a pas l'air de vouloir accompagner pastoralement les populations du Territoire dans le conflit qui les oppose, et garde le silence devant les injustices.
Si elle n'a pas à "prendre position" à tort et à travers, elle a à s'interroger sur ce qui se passe autour d'elle, et à aider chacun à s'interroger, à la lumière de l'amour de Dieu.
L'enjeu est d'importance : il y va de l'être ensemble de tous les enfants de ce Territoire, de l'avancée du Royaume de Dieu, et de la croissance de chacun jusqu'à "l'état de l'Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ".
Entre nous, prêtres, il existe un blocage qui a empêché, à ce jour, toute réflexion commune en profondeur. Quand quelques-uns s'y sont essayés, ils ont rencontré résistance du côté de l'institution. Et le silence de cette institution, lorsque des questionnements ont pu passer malgré elle et que leurs auteurs ont été pris à partie, la situe comme une alliée objective de toutes les ambiguïtés qui doivent être levées si on veut conduire à la suite de Celui qui est Chemin, Vérité et Vie.
Si j'en suis arrivé à la décision de ne plus participer pour le moment aux instances diocésaines
( Conseil presbytéral, Assemblée générale ), ce n'est pas une "sanction" à l'égard d'une Eglise qui aurait déçue ! Ce n'est pas non plus une "démission" mais - au contraire - soutenu par la foi, l'espérance et la charité, un refus de la tentation de démissionner. Ce n'est pas une "pression". C'est un APPEL.
En prenant nos responsabilités, nous avons fait ce qu'il fallait pour aider l'institution à prendre les siennes. Il n'en a rien été. Je ne le lui reproche pas, mais a-t-on le droit "d'en rester là" ? J'en suis arrivé à croire que seule, aujourd'hui, une remise en cause des institutions pouvait aider l'institution à se sentir interpellée et à s'interroger sur sa vocation maternelle "d'accompagnatrice", et sur sa vocation prophétique.
...Mais tout ceci est très délicat si l'on ne veut pas que ce soit perçu comme une "contestation", mais bien comme l'écho d'un appel qui vient de plus loin que nous. Je livre tout ceci à votre discernement.
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