Il y avait d'un côté la religion, de l'autre la vie...
La religion pouvait-elle ignorer la vie ?

Provocation à la réflexion

sur les revendications à l'indépendance du monde mélanésien

Appel à se situer
         
Réponses
         
Bilan
        
 De la dépendance à l'indépendance
         
Le droit à l'autodétermination
         
Comment accompagner un conflit entre deux frères
         
L'attention prioritaire aux gens insécurisés
         
Les droits des non-kanak
        
 Responsabilité particulière à l'égard des Wallisiens
         
Les droits du "premier occupant"
         
Du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes
         
Des droits de chacun
         
Une indépendance "inéluctable" ?
         
Seuls ceux "qui font le pays" ont droit à la parole...
         
Que faire ?
         
Plaidoyer pour une "incarnation"
         
Un "accompagnement-dialogue"

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8 septembre 1986

Lettre adressée à Mgr CALVET, aux prêtres, religieux et religieuses  

à propos du collège électoral

Cette lettre est un peu un sondage d'opinion et une action sensibilisatrice.

Par le referendum à venir, le Territoire est à un moment charnière de son histoire.

D'un côté, s'appuyant sur la Constitution française, il est déclaré que le referendum sera ouvert - comme la démocratie l'exige - à tous ceux à qui le droit français accorde le droit de voter.

De l'autre côté, les indépendantistes, s'appuyant sur la Charte de l'ONU, déclarent que seuls les colonisés sont en droit de décider du destin de leur pays.

Si vous estimez que l'Eglise doive prendre position :
                        Quelle(s) instance(s) voyez-vous devant intervenir ?
                        Par quels moyens ?

Si ceux que vous estimez devoir intervenir estimaient de leur côté ne pas le devoir ou le pouvoir - sans risques graves - :
                        Seriez-vous prêt à vous impliquer personnellement ?
                        Comment ?

- participation à une lettre ouverte aux médias ?
         - renvoi du livret militaire avec motifs ?
         - boycott passif ou actif du referendum ?
         - ...

Si vous optiez pour une lettre ouverte, ou pour un renvoi du livret militaire,
quels sont les arguments que vous feriez valoir ?

Réponses à faire parvenir assez vite afin qu'il puisse vous être fait retour des résultats de ce "sondage"
et qu'on puisse éventuellement en prévoir "une suite".

P.S. Certains pourraient se demander quel est "le but véritable" de ce papier ! Il est multiple :

On peut, avant tout travail de réflexion,
          reprendre et prier la 1° lecture du 23° Dimanche ( Sagesse 9, 13-18 )

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Fin 1986

Suite au travail de sensibilisation

sur la composition du collège électoral
pour le referendum sur le statut de la Nouvelle-Caledonie

 Réponses à quelques objections

"Vous prenez parti !"
    
Mon seul "parti-pris" : celui de ne pas "subir" une situation bloquée sans avoir essayé de l'analyser.

"Vous avez une vision manichéenne des choses !"
    
Lorsque j'accuse quelqu'un de manichéisme, n'est-ce pas parfois parce que je ne puis imaginer que l'on ne puisse pas être aussi tranché que moi... L'autre, interrogeant mon système de valeurs, je le place aussitôt "en bloc" de l'autre côté : je lui prête mon propre manichéisme "en négatif". Ce qui pour moi est "tout blanc", j'imagine que pour lui ce ne peut être que "tout noir", et vice-versa !

Lorsque je défends les indépendantistes, je ne les "blanchis" pas ! Ils ont commis des crimes et des erreurs... mais, leurs détracteurs ont-ils les mains propres ?

Lorsque Jésus défendait la femme adultère, il ne la prétendait pas "vierge" à ses détracteurs ! Il voulait aider ce qu'il y avait de meilleur en elle à s'exprimer. Il l'invite à aller ... et à ne plus pécher.

Je n'ai pas d'autre démarche.

"Inopportun, maladroit, cause de blocage..."
Ma lettre a pu être "cause" de blocage. Elle a plutôt, je pense, "manifesté" des blocages. Est-ce une mauvaise chose ?

"Vous faîtes de la politique !"
    
Ne regardons pas la politique avec mépris : elle le chemin obligé du bien commun. Analyser, ne pas se satisfaire d'un blocage politique c'est se conduire en homme tout simplement... et "Qui veut faire l'ange, fait la bête"... De mille façons nous sommes partie intégrante du jeu politique qui se joue - croit-on parfois - sans nous... mais toujours en nous utilisant !

 

Ceux qui ont répondu sont prêtres, religieux et religieuses, pas des "militants politiques". C'est donc un aspect particulier du problème calédonien - ou plutôt de notre rapport avec lui - qui est vu ici, non le problème politique par lui-même, dans toute sa complexité.

Il n'y a eu qu'une "première réflexion" d'individus qui n'ont pas eu connaissance de la réflexion des autres et n'ont pu encore se laisser interroger par elle.

Beaucoup ont hésité à répondre par écrit, parce que l'écriture fige une pensée en constante évolution. Une pensée qui progresse, mais aussi qui peut se préciser par le questionnement de l'autre. Une phrase écrite peut être mal interprétée. Elle échappe à son auteur qui n'est plus à même de l'expliquer, d'en dire le pourquoi, d'en nuancer les contours.

Si aucun membre de la congrégation diocésaine des Filles de Marie n'a répondu c'est sur forte incitation des autorités et non par manque d'intérêt : elles ont su le faire savoir de mille façons !

Le travail qui suit est ma réaction après analyse de toutes les réponses.

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Ici, plus que nulle part ailleurs, la France a créé une multitude de liens de dépendance dont il sera extrêmement difficile de s'arracher. Avec la France, on a pris "des habitudes" qu'il sera très coûteux - au plan psychologique - d'abandonner. Des habitudes d'un "luxe" qui dépasse les moyens des gens. Beaucoup ne vivent pas du "fruit de leur travail" mais d'allocations perçues pour leurs gosses, de pensions que touchent leurs vieux, leurs handicapés, d'aides sociales diverses... Le mélanésien, qui vit pourtant souvent pauvrement, vit au-dessus de ses moyens.

Les autres pays indépendants du Pacifique n'ont pas été ainsi englués dans la dépendance comme l'a fait ici la France, sciemment.

On peut très bien concevoir que certains mélanésiens soient "pour", et tout autant que d'autres soient "contre" l'indépendance. C'est la loi de la démocratie qui doit résoudre leur problème... tout en sachant bien que la démocratie ne règle pas tout !

Jésus n'a jamais imposé la démocratie comme valeur en soi ( il n'en a jamais parlé ! ).

Il a parlé d'amour, qui remet perpétuellement en cause mes acquis ou mes prétentions. L'amour, parlant du plus profond de moi-même, fait que ces remises en cause ne m'insécurisent pas. Elles me font aller de l'avant, jamais "installé sur des positions" que j'aurais à défendre, à protéger; toujours ouvert et accueillant au contraire.

"Démocratie"... principe reconnu par l'Eglise ?... en tout cas jamais reconnu comme devant s'exercer dans l'Eglise !
                    En dictature, c'est le plus fort qui impose sa loi.
                    En situation révolutionnaire, c'est celui qui "bloque" la vie.
                    En démocratie, ce sont "les plus nombreux".

La démocratie : un moindre mal. Pas un bien absolu ! Elle peut couvrir bien des injustices, bien des oppressions si le groupe majoritaire ne prête aucune attention aux minorités.

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Le droit à l'autodétermination du peuple colonisé

L'indépendance est un "choix" dans lequel l'Eglise n'a pas à intervenir.

Le droit à l'autodétermination du peuple colonisé est autre chose ! C'est un droit fondamental que l'Eglise ne pourrait voir dénié sans réagir.

Certains dénient à l'Eglise ce devoir de défendre le droit à l'autodétermination sous prétexte que le Christ a refusé de se poser en libérateur de la puissance colonisatrice. Il était "piégé" par le contexte de l'espérance messianique qui l'aurait "enfermé" alors dans un rôle politique. Cela ne veut pas dire que ce devoir ne nous soit pas imposé aujourd'hui par le Christ même, le contexte étant différent.

Ce droit à l'autodétermination est un droit reconnu par l'ONU, mais plus encore : c'est un droit que nous n'admettrions pas nous voir refusé !
            
"Ce que tu n'aimes pas, ne le fais à personne" Tobie 4, 15
            "Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faîtes-le vous-mêmes pour eux : c'est la Loi et les Prophètes" Matthieu 7, 12

Le referendum, tel qu'il nous est proposé actuellement par le gouvernement français, dénie le droit à la libre détermination du peuple kanak ,en noyant leurs voix dans un flot "loyaliste" non kanak.

Les indépendantistes acceptent (réclament ) la loi du jeu démocratique dans le cadre prévu par l'ONU. Le gouvernement - seul - a le pouvoir de sortir, dans la paix, de cette impasse, car c'est lui qui détermine le corps électoral. Toute action l'aidant à mieux peser, à éclairer le choix qu'il doit faire est une action pour la paix. Toute "neutralité" qui aurait pour effet de faire retomber la Calédonie dans le cycle de la violence serait en partie de notre responsabilité.

Nous redoutons les réactions de violence de la part des européens. Mais la crainte de ce qui pourrait arriver doit-elle nous faire taire ?

Il ne faudrait pas faire pencher la balance du côté du plus dangereux, afin qu'il y ait "le moins de morts possible".

Il ne suffirait pas non plus de prendre simplement parti pour celui qui a "le plus" de droits.

Il faut appeler l'un et l'autre à devenir "justes", en éclairant leur réflexion.

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Comment accompagner un conflit entre deux frères

Un confrère répondit laconiquement au questionnaire : "Lc 12, 13-14" . On ne peut plus sobre !

Le passage cité : "Quelqu'un dans la foule dit à Jésus : - Maître, dis à mon frère de partager avec moi les biens que notre père nous a laissés. Jésus lui répondit : - Mon ami, qui m'a établi pour juger vos affaires ou partager vos biens..." doit être remis dans son contexte naturel qui est Lc 12, 13-21.

Le titre de ce passage, dans la Bible en français courant, n'est pas "L'art de se défiler", mais "Parabole du riche insensé" ... et aurait pu être "Comment accompagner un conflit entre deux frères".

La parabole s'adresse à tous, mais elle est d'abord une réponse à la demande du frère lésé. Jésus n'est pas insensible à l'injustice, mais la justice ne suffit pas. Il n'est pas venu rendre la justice, mais rendre les hommes "justes", aussi il répond en dépassant le problème.

La parabole veut amener le frère aîné à réfléchir... "Homme insensé ! cette nuit même tu cesseras de vivre. Et alors, pour qui sera tout ce que tu as gardé pour toi ?", mais elle est aussi une mise en garde adressée au frère réclamant justice : attention à ne pas tomber toi aussi dans le piège de "la richesse pour toi-même".

Jésus aide la réflexion des deux parties.
         
Il se refuse à forcer la main par le poids de son autorité... car c'est le coeur qui doit arriver à une décision personnelle.
         Il invite à réfléchir à ce qu'il a dit, à en tirer un enseignement pour la conduite à adopter.

N'est-ce pas là notre mission ? Non, nous boucher les oreilles et répondre : "ce n'est pas notre problème, c'est l'affaire des politiciens...", mais aider à la réflexion, à prendre de la hauteur... Pour cela, il serait bon d'avoir réfléchi soi-même !

 

L'attention aux gens "insécurisés"

Notre attention pastorale doit aller en priorité aux gens "insécurisés".

Ce pourraient être les indépendantistes, dans la mesure où ils verraient l'étau se refermer sur eux sans autre moyen d'en sortir que le renoncement à leurs droits fondamentaux, ou la violence qu'ils ne cherchent pas. Mais, en général, on peut dire que le milieu indépendantiste n'a pas "besoin" de notre soutien. Il s'est affranchi. Il a le soutien de l'opinion internationale.

Les loyalistes, eux, redoutent une intervention de l'Eglise. C'est cette pression exercée sur nous, cette volonté de faire taire à tout prix l'Eglise, qui devrait nous faire réfléchir.

Ce sont surtout, aujourd'hui, ceux qu'on appelle parfois "les petits colons", ou les Wallisiens, etc.
Nous devons les aider à retrouver
la sécurité sans laquelle il n'y a pas d'épanouissement possible.

Les chemins de la sécurité et de l'épanouissement passent pour eux par la reconnaissance du peuple kanak comme seul peuple légitime en pays kanak.

La revendication à l'indépendance n'est pas essentiellement une revendication à "avoir plus", revendication qui serait une menace pour celui qui "a" ... C'est une revendication à "être plus". Une telle revendication n'est jamais une "menace" pour le devenir des autres. Au contraire.

Cette revendication à être plus ne peut être qu'enrichissement pour tous. Comme l'étincelle qui se communique, elle ne peut qu'entraîner les autres à "être plus" à leur tour.

Le mélanésien pouvant alors exercer son droit à l'accueil, tous ceux qui seront accueillis seront alors bien plus "chez eux" ici, qu'ils ne le sont maintenant... parce que "accueillis" et non "imposés".

Ce n'est que dans la mesure où je reconnaîtrais que je suis ici "chez eux", que je pourrai me sentir enfin "chez moi" ici !

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Les "droits" des colons, Wallisiens, Tahitiens...

Colons, Wallisiens, Tahitiens, etc... ont des "droits".

L'essentiel est celui de pouvoir s'épanouir. On ne s'épanouit jamais "sur le dos de quelqu'un".

Ont-ils des droits "sur le pays" ?

En tous cas ce n'est certainement pas à la France, ni même à l'Eglise de le dire. Ce ne pourraient être que les mélanésiens qui pourraient leur reconnaître un droit quelconque sur leur pays, et eux seuls peuvent leur garantir un tel droit. La revendication de l'indépendance est justement la revendication de pouvoir leur reconnaître des droits ( par l'exercice du droit d'accueil ).

Il n'a jamais été question, pour les indépendantistes, de "jeter à la mer" des frères océaniens ou caldoches qui auraient partagé leur vie. La Charte du FLNKS, dans son "Statut des personnes et des biens en Kanaky" est claire là-dessus. Il y a place pour tous ici, et le pays a besoin de tous. Mais il est facilement compréhensible qu'il leur serait difficile de supporter chez eux des gens dont le comportement serait habituellement agressif à leur égard.

Ceux qui devraient quitter le pays en raison d'une "incapacité à admettre l'indépendance" n'ont rien à attendre de la France. Celle-ci saura vite les "oublier" ! Les gros colons et autres détenteurs de capitaux les auront "utilisés", "manipulés" pour la défense de leurs intérêts, et les laisseront seuls au moment de l'indépendance. Ils n'auront eu qu'une action néfaste à leur égard.

Il en serait de même pour l'Eglise si elle continuait de se taire : elle serait alors profondément coupable à leur égard.

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Responsabilité particulière vis-à-vis des Wallisiens

Nous avons une responsabilité particulière vis-à-vis du milieu Wallisien, au nom des multiples liens qui l'attachent à l'Eglise, et au nom de la confiance qu'il place en elle.

Cette confiance nous impose un devoir particulier d'assistance.

Comment lui faire comprendre que son avenir est dans la reconnaissance du peuple kanak dans ses droits ?

Au niveau individuel, on ne pourra aider le Wallisien à cheminer que par le raisonnement du "Ne fais pas à autrui..." de Tobie 4,15. Il a été tellement insécurisé par le discours de la Droite, qu'il croit "défendre sa peau". Devant cette question "de vie ou de mort" pour lui, il doit être peu sensible aux appels évangéliques. Si on l'aide "à se mettre à la place" des mélanésiens, il comprendra mieux les vraies données du problème et en trouvera de lui-même la solution.

Au niveau global, seule, je pense, une intervention conjointe des évêques de Nouméa et de Wallis, prenant à leur compte comme juste la revendication des indépendantistes à l'autodétermination, l'explicitant et en montrant les retombées positives pour le devenir des Wallisiens en Kanaky, - acte explicitant aussi les "calculs" du discours tenu par la Droite entretenant la peur du devenir -, seul un tel acte pourrait avoir un effet positif pour l'évolution des mentalités du milieu wallisien à l'égard de l'indépendance.

C'est un acte qui demandera un courage extraordinaire ... d'autant plus dur qu'il aura été précédé d'un silence plus long. L'Eglise en N.C. puisera-t-elle dans son amour pour les Wallisiens un tel courage...

Si la France n'avait joué un rôle malsain et malhonnête, en jouant sur le réflexe de la peur avec les Wallisiens, il n'y aurait pas de blocage entre ceux-ci et les mélanésiens. Quand le jeu n'est pas faussé par des interventions extérieures, il existe un lien naturel entre les océaniens.

Que les Wallisiens soient "à plaindre", c'est surtout par rapport au choix qu'ils auraient pu faire de ne pas "s'effacer" devant celui qui les recevait chez lui ! "S'effacer" ne signifiant pas "disparaître", mais "se conduire en personnes accueillies". Une telle faute serait surtout imputable à ceux qui "utilisent" les Wallisiens contre les Kanaks. Par la coutume et le jeu des relations océaniennes, l'erreur serait réparable.

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"Les droits du premier occupant"

Certains nient ce droit en prétextant que - si on allait sur cette voie - ... il faudrait remonter à Adam !

Le problème n'est pas "théorique" : c'est un problème humain. On se trouve devant une frustration qu'on ne peut pas balayer "d'une pirouette".

Pour "saisir" un problème humain :

Et "remonter à Adam"... pourquoi pas ? Si un autre peuple portait comme une cicatrice toujours ouverte d'avoir été chassé du Caillou par les kanaks, ça mériterait d'être pris en considération.

Les "droits du premier occupant" ne sont pas négation d'autres droits; mais la défense "d'autres droits" ne doit pas être prétexte à nier les droits des premiers occupants.

Ces "autres droits" sont reconnus de façon explicite dans le "Statut des personnes et des biens en Kanaky".

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A propos du "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes"

Si "le droit et le devoir de voter appartiennent à tous les hommes", encore faudrait-il préciser qui a vocation à déterminer l'avenir du territoire.

Pour Chirac : "Le RPR défend ardemment le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes... Aucune minorité ne peut imposer une doctrine ou une idéologie à la majorité... Toutes les communautés du Territoire ont les mêmes droits et les mêmes devoirs... Il n'existe aucune légitimité ici; nul ne peut parler au nom de tous..."

Y a-t-il UN ou DES peuples dans ce Territoire ?

Ont-ils tous "les mêmes droits" ?

Peut-on dire qu'il y ait "UN PEUPLE KANAK" ?

Fondamentalement : OUI. Même si les kanaks sont divisés au niveau des choix politiques ( comme le sont les Français ! ), il y a quelque chose de profond qui les lie.

Entre eux, ils arriveront toujours à s'entendre sur l'essentiel.

Nous arriverons toujours à les diviser sur l'accessoire.

Avec nous, ils se feront toujours "avoir". La France des discours idéalisés n'existe pas : c'est un pays comme un autre, qui défend avant tout SES intérêts. On n'a jamais vu un pays qui soit désintéressé... Plus il tient un langage humanitaire, universel... plus il camoufle des intérêts économiques, personnels.

Peut-on traiter la Calédonie comme si elle était la France, et lui appliquer le droit et la constitution française ?

Toute la législation particulière appliquée sur le Territoire montre bien que "la Calédonie n'a jamais été la France" ! Elle ne l'est que du fait de la colonisation.

De toute façon, ici, ce n'est pas la France : le fait culturel ne peut être ignoré ! Ici, c'est un autre monde !

Si elle est marquée par la colonisation française, la Calédonie l'est encore plus par le Pacifique ! C'est une terre océanienne avant d'être une terre française. Elle peut choisir d'être française, elle ne peut "choisir" d'être océanienne : elle l'est, c'est tout.

La France peut taxer les interventions des pays du Pacifique "d'ingérence dans les affaires intérieures de la France". En fait, c'est la France qui s'ingère dans le Pacifique, et d'une manière qui ne lui fait pas honneur, quand ce n'est pas pour voler au secours de l'homme du pays, mais de ses intérêts à elle.

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Des droits de chacun

Il y a ici des gens qui n'ont pas d'autre pays que celui-ci.

Ils ne l'ont pas "choisi" : c'est le leur. C'est leur berceau culturel. Ailleurs, ils seraient déracinés. Et parmi ceux-ci on pourrait placer, avec les mélanésiens, ceux d'autres ethnies que l'histoire a fait naître et vivre dans ce pays, et qui n'en connaissent et n'en reconnaissent aucun autre comme le leur.

A l'intérieur de ce groupe même, une priorité doit cependant être accordée aux mélanésiens parce qu'ils ont été historiquement lésés et que leur culture, leur sacré a ses racines dans ce sol, alors que javanais, polynésiens... caldoches, tirent leur substrat d'ailleurs, celui-ci n'ayant été que repiqué ici.

Il y a ceux qui ont choisi de s'installer en Calédonie, qui aiment ce pays, le considèrent "un peu comme le leur" et se sentent intéressés par le choix de son avenir.

Il y a enfin ceux qui sont de passage, pour une durée plus ou moins longue, suivant l'évolution qui se dessinera et qu'ils aimeraient bien influencer !

Pour la constitution française, les uns comme les autres seraient placés au même plan ! C'est là le vice de l'affaire car, objectivement, leur situation est tout-à-fait différente. Ils n'ont pas tous le même droit à la parole. Au nom de quoi ? Ne serait-ce qu'au nom du principe :" n'impose pas à autrui, chez lui, ce que tu n'aimerais pas te voir imposé par d'autres, chez toi" !

Si des natifs, autres que mélanésiens, ont "certains droits", ils sont toujours seconds par rapport à ceux des mélanésiens qui ont subi une injustice.

Ce ne peut être que le peuple colonisé qui peut choisir librement de faire participer ou non d'autres natifs au référendum d'autodétermination. Et il n'y aura pas de paix possible si ça lui était imposé par tractation, pression ou chantage à l'avenir.

Que faire ? remettre le problème à la conscience des kanaks. Vont-ils ou non faire participer d'autres natifs au referendum ? On connaît pour le moment la position des politiciens kanaks indépendantistes et des politiciens kanaks loyalistes. S'ils ne pourraient arriver à un accord, il reviendrait alors au seul peuple colonisé à qui l'on a ôté l'indépendance de choisir son avenir.

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Une indépendance "inéluctable" ?

Si c'est une revendication "naturelle", c'est aussi une revendication qui a "son histoire propre".

Cette revendication n'est pas une négation de l'attachement à la France. Une prise de distance ne signifie pas un rejet. Des enfants doivent parfois "bousculer" leurs parents pour qu'ils acceptent de les laisser "grandir". Quand affrontement il y a, ce n'est pas toujours un signe d'ingratitude ou de "mauvais coeur" de la part de l'enfant, qui aime et respecte toujours ses parents ... c'est parfois le signe d'une incompréhension des parents qui "étouffent" leur enfant.

Au départ, il n'était pas question d'indépendance mais d'autonomie. C'est devant les refus de dialogue essuyés que les positions se sont radicalisées.

Je ne pense pas que les indépendantistes soient pressés de voir l'indépendance décrétée : ils ont de plus en plus conscience de leur dépendance économique.

Le projet d'Etat-associé les sécurisait. Le rejet de ce projet les accule à se battre de nouveau pour le seul choix qui leur soit proposé face à l'intégration : la séparation. On les accule à se battre pour quelque chose qu'ils ne désirent pas "tel quel" : on ne leur laisse pas d'autre option !

..."L'indépendance n'est pas inéluctable en soi : l'attitude actuelle de la France la rend inéluctable.

Pour Mr Pons : "le soutien de l'Australie et de la N.Z. aux indépendantistes ne peut que mettre le pays sous l'influence libyenne et par là, soviétique".

... Si on ne veut pas voir le pays sous influence libyenne ou soviétique, il ne s'agit pas de "ne pas soutenir les indépendantistes" ! Il s'agit, au contraire - pour la France - de reconnaître leurs droits ( reconnus par tous, dans le monde, par ailleurs ! )

La proposition d'Etat-associé, reconnaissance par la France des revendications indépendantistes, et accompagnement du nouvel Etat dans sa prise en mains progressive de son devenir, éliminait la crainte de l'installation d'un pouvoir libyen ou soviétique.

Croit-on, comme Reagan, que soutenir les dictatures de droite est la seule façon d'empêcher le communisme d'avancer ? Ne vaudrait-il pas mieux, pour cela, répondre aux aspirations légitimes des peuples !

Oui, mais... soutenir les dictatures de droite, c'est assurer l'avenir de ses multinationales... ( temporairement et précairement ! ).

Les intérêts bien compris et à longue échéance de l'Amérique sont ailleurs.

Les intérêts bien compris et à longue échéance de la France sont ailleurs.

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"Seuls ceux qui font le pays ont droit à la parole"...

Il y a ceux qui pensent que le référendum n'est pas l'affaire des prêtres ni de l'évêque, mais des "acteurs de l'histoire", de "ceux qui font le pays".

Il y a une manière d'être acteurs de l'histoire... des autres qui n'est pas saine !

Les indépendantistes ne sont-ils pas des acteurs très "présents" de leur histoire, de leur devenir... qui ne se mesure pas qu'à "l'aune économique".

Le problème est : comment aider chacun à devenir acteur de son histoire ?

On ne grandit qu'à travers sa propre expérience, non celle des autres.

Le "Père", dans la parabole du Fils prodigue, nous est montré laissant son fils faire sa propre expérience. C'est une nécessité de croissance.
         Il nous est montré aussi - très actif sur le terrain - intervenant auprès de son aîné ( "loyaliste" ! ) pour qu'il accepte son frère ( "indépendantiste" ! ) et se réjouisse de le voir, passé de la mort à la vie.

Nous envisageons les "risques" d'une indépendance et, en raisons de ces risques, nous voudrions freiner ( empêcher ? ) cette indépendance.

Les trois premiers chapitres de CROIRE n° 4 "Pour une redécouverte de la Morale" peuvent aider - à partir du regard porté sur "les jeunes" - à éclairer notre regard sur d'autres groupes qui nous "inquiètent", en particulier celui des indépendantistes qui, d'une façon comparable au monde de la jeunesse, revendique son droit à l'autonomie, à l'authenticité.

Qu'est-ce que "faire un pays" ? Le développer économiquement ?

Est-ce la seule valeur ? Un pays, est-ce un potentiel de ressources économiques à développer ? Des hommes à conduire à l'épanouissement ?

On peut estimer l'indépendance non viable selon les critères où l'économique prime sur le culturel, sur le relationnel. Mais le monde mélanésien n'a-t-il pas d'autres critères ? Les nôtres sont-ils universellement valables ? ( o.c. p. 63 )

La mise en valeur d'un pays donne-t-il le droit de s'approprier son devenir ?

"Travail", "Propriété", "Ordre"... sont les valeurs prônées en Amérique Latine par ceux qui - au pouvoir - font travailler les autres et défendent leurs immenses propriétés des revendications des "sans-terres".

"Travail, propriété, ordre" sont des valeurs lorsqu'elles sont au service de l'homme. Il en va de même pour "la religion".

Quand on ne se réveille que pour "défendre la religion quand elle est menacée", je suis insatisfait. Entre "la religion" et Dieu il y a - souvent - un monde ! Mais dans l'homme, je sers Dieu ( "Ce que tu as fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que tu l'as fait" ).

Jésus n'a jamais "défendu la religion"; il a toujours défendu l'homme.

Parfois, il a défendu l'homme contre la religion ( "Le sabbat est fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat" ).

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Rester au pied de la croix ?

Un confrère estime que l'Eglise n'a qu'une chose à faire aujourd'hui : rester au pied de la croix.

La croix... la Calédonie la porte aujourd'hui. Comme le Christ au jardin de Gethsémani, elle traverse l'angoisse.

Dans les hommes de Calédonie, je vois Jésus.

Sur la route qui conduisait au Golgotha, il y avait Simon de Cyrène...

La croix, pour Jésus, a été d'aller jusqu'à Jérusalem, jusqu'au bout de sa mission spirituelle. On a voulu l'en détourner. Sommes-nous prêts à "aller jusqu'à Jérusalem" ?

Jésus a refusé de succomber à la tentation politique ... on l'a mis à mort sous un prétexte politique !

Il ne s'agit pas de "sortir l'épée du fourreau", mais 'l'huile et le vin" ... afin de ne pas être comme le prêtre ou le lévite sur la route allant de Jérusalem à Jéricho.

 

"L'Eglise doit être une oasis de paix"

Que met-on derrière ces mots ?

Ne pas confondre la paix "à la manière des hommes", paix factice obtenue par refoulement, ou en "faisant taire" celui qui me perturbe... et la PAIX de Dieu, fruit de la Vérité et de la Justice, souvent acquise par le passage d'une certaine "mort à moi-même"... et non la mort de l'autre !

L'Eglise ne sera habitée du Souffle puissant de la PAIX de Dieu que dans la mesure où elle acceptera de cheminer "humblement" et "courageusement" avec le peuple dont elle a la charge pastorale.

... Cheminer "humblement" - seul - pourrait aboutir à une Eglise en fait "absente".
          ... Cheminer "courageusement" - seul - pourrait conduire à une Eglise "leader" et non plus
servante.

L'Evangile nous demande - au nom de l'Amour - d'intervenir quand il y a division; et, au nom de la Vérité, de dénoncer les "paix factices" afin de donner une chance à la PAIX de Dieu.

"Être là pour tout le monde" ne doit pas se traduire en fait par un "n'être là pour personne" !

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Plaidoyer pour une "incarnation"

Prêtres, religieux(ses), nous vivons dans un "monde à part", super-protégé, qui n'est pas la vie quotidienne où se débattent les gens. Nous restons à l'abri des coups qu'ils reçoivent : il est facile de leur faire des théories, de leur sortir de pieuses considérations.

Lorsque nous allons au monde, c'est avec mille précautions pour ne pas être contaminé par ses souffrances, par ses maladies... Il ne faudrait pas qu'un cri désarticulé risque à son tour de sortir de nos gorges nouées... ( méditer Jésus à Gethsémani ). Notre parole doit toujours être nette, aseptisée ... "pour aider".

Aide-t-on ? Je ne suis "reçu" que quand j'ai partagé la souffrance.

S'agit-il pour nous "d'indiquer" la voie royale de l'amour de Dieu et du prochain, de prêcher l'amour et de combattre la haine ?

CERTAINEMENT, mais PAS UNIQUEMENT.

L'homme se débat dans des situations concrètes et il faut l'aider à s'en sortir... Une réponse "toute faite" ne l'aidera pas à sortir de la fondrière où il s'est embourbé. Il faut descendre jusqu'à lui pour pouvoir l'aider... et se rendre compte que ce n'est pas aussi simple qu'on l'imaginait quand on était au sec !

Dieu, pour sauver l'homme, ne s'est pas contenté de "l'aimer très fort", au frais dans sa sacristie céleste... "Il a pris nos infirmités et s'est chargé de nos maladies" Mt 8, 17

L'Eglise doit accompagner l'homme avec ses faiblesses vers cette voie royale. Elle doit aller le chercher où il est - parfois très loin de cette voie royale - , et l'y accompagner.

Le "tends l'autre joue" a nécessité le passage par "oeil pour oeil" !

Se contenter de "montrer la voie", c'est parfois laisser se perdre l'homme qu'on est chargé de sauver.

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Un "accompagnement-dialogue"

Nous ne devons pas avoir de "réponse toute faite" aux interrogations de nos frères.

Chercher le dialogue pour apprendre directement d'eux "leurs problèmes", souvent bien loin des discours stéréotypés. Après - seulement - on pourra "envisager" d'apporter une aide.

Il ne s'agit pas d'asséner des paroles ( même "divines" ) à des situations non analysées.

Dieu rejoint l'homme au coeur de ses difficultés. Sa parole n'est ni intemporelle, ni impersonnelle : c'est une tendresse pour "l'instant", qui permet de s'ouvrir "au temps" en le découvrant comme terrain d'action de Dieu ( "Tu étais là et je ne le savais pas" Gn 28, 10-22 ).

Quand "maintenant" j'ai perçu la tendresse de Dieu, passé et avenir prennent pour moi un autre sens : je ne suis plus "enlisé" dans le présent.

Nous devons "accompagner"... tout en charriant nous-mêmes nos propres ambiguïtés. Et ce n'est que dans les frottements d'un vrai dialogue ( pas deux "monologues" ) que nous pourrons petit à petit les découvrir.

Un accompagnement-dialogue me permet de mieux comprendre l'autre qui peut petit à petit préciser - et d'abord se préciser à lui-même ! - ses propres attentes et sortir de son discours stéréotypé.
         Un accompagnement-dialogue me permet de trouver la parole juste, tendresse de Dieu pour l'instant, et de sortir de mon propre discours stéréotypé, impersonnel et intemporel.

Privilégier les contacts personnels aux communiqués de presse, lettres ouvertes ou lettres pastorales qui ont généralement des effets contraires à ceux souhaités !

Chacun en a fait l'expérience : on est prêt à toutes les évolutions lorsque quelqu'un s'est dérangé personnellement pour nous en entretenir. Quand on reçoit une lettre, ça a un autre effet...

Dieu ne nous a pas envoyé un message.

Il nous a envoyé un messager. Et pas n'importe lequel !

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