27 mai 1986
Lettre à Mgr CALVET
En perspective du référendum
Après être intervenu pendant deux ans dans le PASSEUR et dans des documents à l'adresse des prêtres sur les problèmes du Territoire, tu as pu remarquer que, depuis quatre ans, j'ai toujours dit dans les assemblées que je n'étais pas favorable à une déclaration de l'Eglise sur la question de l'indépendance; intervention que certains réclamaient.
Quand on a manqué le train, il ne sert à rien de courir derrière. C'est sur le moment qu'il faut intervenir. A chaud, mais sereinement. A la radio et à la TV. Non une parole de Docteur de l'Eglise, mais celle d'un Pasteur.
En mai 85, après les évènements de Nouméa, il aurait fallu intervenir. Ça n'a pas été le cas. L'Eglise, Mère, aurait dû intervenir auprès de la communauté Wallisienne pour éclairer sa conscience. Un souhait avait été émis à ce sujet à l'assemblée de 86...
Ceci, c'est le passé. Le passé est passé. L'avenir ne l'est pas.
Il y a une question sur laquelle l'Eglise doit donner son jugement - à temps ! -. C'est celle de la composition du collège électoral pour le referendum et, éventuellement, "la question posée", si celle-ci devait se montrer "un piège".
C'est là une question de morale politique.
Le choix du statut à venir ne peut être imposé aux originaires du pays par des gens originaires "d'ailleurs", qu'ils soient de passage ou même qu'ils aient choisi de venir s'installer ici.
On ne pourrait moralement l'admettre.
Se taire serait une faute.
Parler, mais en s'arrangeant pour que ça ne soit pas entendu, serait une faute.
Dans un cas pareil, qui engage l'avenir d'un peuple, il n'est pas question d'écrire quelques lignes en espérant qu'elle ne soient pas lues. Il faut parler haut et clair jusqu'à ce que l'on soit entendu. La conférence épiscopale de France devrait être invitée à peser de son poids.
Il faut dénoncer l'hypocrisie du "loyalisme". Que veut dire être "loyal" à une Constitution qui noierait les voix des originaires du pays dans un flot d'autres voix afin qu'elles ne soient pas entendues. C'est un titre d'infamie à dénoncer comme tel... avec humour.
Il aurait fallu, avec sérénité et humour, réagir aux propos de Mr Lèques lors de la visite de Mr Bill Hayden. Il demandait à ce dernier comment il réagirait si l'on demandait aux seuls aborigènes de statuer sur le sort de l'Australie, or :
Quelles sont tes intentions ? Penses-tu intervenir ?
Si tu ne le faisais, ... il me faudrait "reprendre du service" ! Il y a là une question de justice que l'Eglise ne saurait esquiver.
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